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Les sources miraculeuses

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sources miraculeuses

Dans les religions païennes les rites avaient une importance essentielle. Il fallait se concilier les puissances mystérieuses dont la présence se discernait en des lieux privilégiés et spécialement désignés par la présence d'arbres, de pierres ou de sources.

Au IVe siècle, l'évangélisation qui, jusqu'alors s'était limitée aux cités, s'est étendue aux campagnes et les missionnaires chrétiens se sont résolument attaqués aux « faux dieux ». Mais la pénétration du christianisme dans les populations rurales fut laborieuse. Le paganisme ne reculait souvent que fort superficiellement. Les convertis eux-mêmes n'arrivaient pas à se libérer des croyances ancestrales et s'ils célébraient les rites chrétiens, ils n'abandonnaient pas pour autant leur dévotion aux arbres, aux pierres et aux sources.

De nombreux missionnaires, désespérant d'abolir certaines pratiques et conscients de l'inefficacité de la manière forte, jugèrent plus opportun de christianiser les objets du culte idolâtrique. L'opération ne manquait pas d'astuce, mais par la suite il est souvent devenu malaisé de distinguer clairement les pratiques christianisées des superstitions païennes. Et à côté d'une religion officielle savante, élitiste. enseignée par les clercs, s'est affirmée une religion vécue par le peuple, un christianisme populaire, à travers lequel on perçoit sans peine la survivance de croyances venues du fond des âges.

Les saints sont devenus les successeurs des dieux. La plupart des divinités païennes ont été purement et simplement destituées au profit de héros chrétiens, personnages influents, bienveillants et capables, bien entendu, de faire des miracles.

La médecine ne pouvant pas grand chose pour les infirmes et les malades, ceux-ci n'avaient d'autre ressource que de s'adresser aux guérisseurs et aux sorciers (pratiques formellement condamnées par l'Eglise), ou de se vouer sinon à Dieu. personnage lointain et abstrait, du moins à ses élus, plus accessibles et plus familiers. D'où les fréquents recours aux saints thérapeutes et les innombrables dévotions aux fontaines dont les eaux étaient réputées pour leurs vertus curatives.

Il y avait aussi des fontaines où le saint protecteur était invoqué contre un fléau fort redouté dans nos régions : la sécheresse, qui compromettait les récoltes et faisait appréhender la misère et la disette.

Les sources christianisées n'avaient d'ailleurs pas le monopole des pouvoirs miraculeux. Beaucoup de saints et de saintes attiraient les fidèles vers l'église, la chapelle ou l'oratoire abritant leur statue ou leurs reliques, il y avait les saints polyvalents, à qui l'on pouvait demander toutes sortes de grâces et les saints spécialisés dans telle ou telle intervention.

Ces saints spécialistes sont en général ceux dont le culte est le plus ancien et parmi lesquels nous trouvons précisément les saints dont on a donné le nom à une source miraculeuse, la christianisation des fontaines remontant aux premiers temps de l'évangélisation.

Aussi, dans l'étude des divers aspects de la religion populaire, la dévotion aux sources mérite-t-elle une attention particulière.

Même si on se limite à un cadre géographique restreint (en l'occurrence la partie méridionale de notre département, au sud de la vallée du Lot) on se heurte aux difficultés que connaissent les ethno-historiens quand ils scrutent les mentalités à travers les pratiques religieuses.

Qui dit religion populaire dit religion « sans livre », dont on se transmet les rites, les « recettes », les légendes oralement, de génération en génération. On ne trouve guère d'informations dans les archives. civiles ou ecclésiastiques, si on excepte quelques statuts et règlements synodaux condamnant certains errements ou formes de « superstition ». Encore dois-je dire que je n'ai pas connaissance de textes désapprouvant tes pèlerinages aux fontaines réputées miraculeuses. même à celles dont le saint protecteur n'est pas dûment homologué par les hagiographes officiels.

Les archives paroissiales sont très pauvres en la matière. Les comptes rendus de visites pastorales. quand ils existent. sont souvent fragmentaires et incomplets. On trouve de-ci, de-là, quelque monographie de commune ou de paroisse. la plupart du temps manuscrite, oeuvre d'un instituteur, d'un curé ou d'un érudit local. Les plus anciennes ne sont pas antérieures a la seconde moitié du siècle dernier et bien souvent on y cherche en vain tes renseignements souhaités.

Deux ouvrages constituent actuellement la seule base de travail des chercheurs. Ils ont, l'un et l'autre, été rédigés par deux anciens archivistes diocésains.

On a d'une part les monographies des paroisses du Lot, écrites par le chanoine Albe (décédé en 1926) et qui n'ont jamais été publiées. On possède d'autre part le livre du chanoine Sol, publié en 1929 sous le titre « Le vieux Quercy » (usages anciens, traditions et coutumes) dont on fait grand cas parce que c'est le seul ouvrage d'ensemble paru sur le folklore quercynois.

Disons tout de suite que sur les vingt-deux sites que j'ai retrouvés, du Causse de Limogne au Quercy Blanc, sept seulement sont cités par Albe et sept sont mentionnés par Sol (encore ne s'agit-il pas des mêmes à deux exceptions près).

Les informations données par Albe sont sérieuses, bien qu'elles soient quelquefois sommaires ou incomplètes. Il omet par exemple de parler de certaines dévotions notoirement établies, laissant supposer par son silence qu'il n'approuvait peut-être pas certaines formes de piété.

Sol est en général assez laconique sur les fontaines miraculeuses, se bornant à en citer quelques-unes plus ou moins brièvement. Cela ne serait pas trop grave s'il n'oubliait de signaler des pèlerinages relativement importants et s'il ne commettait quelques erreurs regrettables, indiquant par exemple à Sérignac ou à Saint-Etienne (commune de Saint-Paul-de-Loubressac) des sources miraculeuses qui n'existent pas, ou parlant d'une dévotion à saint Louis dans la paroisse de Sérignac alors que le pèlerinage en question se fait à Montcabrier.

Faute de documents écrits, il faut recueillir, autant que faire se peut, les traditions orales qui, dans le cas de pèlerinages disparus. sont de plus en plus difficiles à glaner. On peut en juger si l'on considère que des témoins âgés aujourd'hui de quatre-vingts ans n'ont connu certaines dévotions que par les récits de leurs parents ou de leurs grands-parents. Et quand ces octogénaires ne seront plus là, il n'est pas assuré que leurs enfants et petits-enfants deviennent les dépositaires fidèles et conscients de ces traditions menacées de disparaître.

Bernard Deleris - 2002

bibliographie :

Pierre Dalon :

Du Causse de Limogne au Quercy Blanc : Sources miraculeuses et dévotion populaire.
Bulletin de la Société des Études du Lot, 4e fasc. 1977

Du Causse de Limogne au Quercy Blanc : Petits pèlerinages et dévotions populaires.
B.S.E.L. 2e fasc. 1980


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